C’est ainsi que le même fleuve reçoit trois dénominations différentes au fur et à mesure qu’il baigne les territoires sur son chemin: Colca dans les hauteurs, Majes dans sa région médiane et Camaná, dans le désert côtier, avant de verser ses eaux dans le Pacifique.
Les chroniques nous disent que deux groupes ethniques habitèrent cette région depuis des temps immémoriaux. Ils arrivèrent jusque là, venant de territoires distants et déplacèrent les premiers habitants du lieu, grâce à leur pouvoir militaire et à leur habilité dans l’usage d’outils et de techniques agricoles.
Les Collaguas se disaient fils du Volcan Collagua et assuraient qu’ils venaient de ses entrailles. La légende dit que tous sortirent du volcan, avec leurs armes, apparat et toques et descendirent les flancs du pic enneigé, à la conquète de la région.
Un trait qui les charactérisait, était la forme singulièrement pointue de leurs têtes, qu’ils déformaient à la naissance, imitant ainsi la forme du cône volcanique qu’ils considéraient comme Apu (Esprit de la montagne) Tutélaire.
Un second groupe appelé Cabanas, se disait provenir des profondeurs de la montagne Hualca Halca. Eux aussi déformaient les crânes de leurs nouveaux nés; mais, de manière différente de leurs voisins. Ils adoptèrent une forme aplarie, similaire à la silhouette de leur “pacarina” ou montagne natale.
Une autre différence entre les deux peuples de la région, fut leur langue. Les Collaguas parlaient aymara et les Cabanas, une forme de quechua quelque peu différente de celui de Cusco. Malgré la présence de la torrentueuse rivière qui traversait leurs territoires, les anciens habitants du Colca, se voyaient dans l’impossibilité d’employer ses eaux pour irriguer leurs champs.
En effet, les eaux de la rivière courraient au fond d’un profond canyon; parfois à plusieurs milliers de mètres plus bas que leurs cultures. Ils virent alors que l’eau, indispensable pour la vie et le maintien de leurs peuples, avait son origine dans les neiges de la cordillière d’où naissaient les ruisseaux et les sources qui courraient vers le fond de la vallée.
Ce fut là qu’ils concentrèrent leur génie en conduisant le liquide vital à travers de longs canaux et aqueducs, jusqu’à leurs aires de cultures. Ils apprirent également qu’ils devaient utiliser la plus grande quantité posibble de niveaux altitudinaux, ou planchers écologiques, obtenant ainsi une grande diversité de récoltes et d’excédents alimentaires qui leur permirent de se consolider en tant que maîtres absolus de la région. |